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Se tourner vers la Nature et les plantes sauvages est à la portée de tous, une piste très intéressante à explorer pour favoriser une bonne nutrition, et se faire plaisir avec une grande variété de plantes sauvages comestibles. Celles-ci sont, en effet, très nombreuses et diversifiées (l’ethnobotaniste François Couplan, dans son ouvrage de référence, Le régal végétal, en présente plus de 1600 espèces comestibles poussant en Europe), on peut donc en trouver facilement pour tous les goûts et tous les besoins nutritionnels.

Ce sont de véritables cadeaux de la Nature, nous offrant tous les nutriments essentiels à une alimentation saine et revitalisante, pleine de vitamines, minéraux, protéines, oligo-éléments, antioxydants, etc. Les plantes sauvages n’ont absolument rien à envier aux fruits et légumes cultivés, bien au contraire, car elles contiennent souvent une quantité et une diversité de nutriments plus élevées que les plantes cultivées ! Elles sont plus riches car elles choisissent d’elles-mêmes l’endroit où elles vont pousser au regard de la qualité de la terre, de sa richesse et des plantes environnantes qui peuvent lui être bénéfique. On a constaté que lorsqu’une plante sauvage à visée médicinale est utilisée en culture, elle perd petit à petit ses qualités.

La règle d’or du cueilleur est de ne ramasser que les plantes sauvages dont vous êtes sûr à 200% de la comestibilité. Dès lors qu’il y a un doute, il ne faut pas la cueillir ! Ainsi, on fera particulièrement attention à certaines familles de plantes regroupant des comestibles et des toxiques pouvant être facilement confondues. C’est le cas, notamment, de la famille des Apiacées qui regroupe d’un côté la carotte sauvage, excellent comestible, et de l’autre la petite et la grande cigüe (plante à la base de la confection du poison mortel bu par Socrate dans la Grèce Antique…) ! De même, la famille des liliacées regroupe d’un côté l’excellent ail des ours et de l’autre le muguet et le colchique dont les feuilles toxiques peuvent être confondues avec le fameux ail sauvage !

Un cueilleur averti prendra toujours le soin, pour sa récolte, de se munir de plusieurs sachets papiers (éviter absolument le plastique accélérant le flétrissement des feuilles cueillies) afin de pouvoir ne mettre qu’une seule variété de plante par sachet. Cela facilite ensuite grandement le tri et le nettoyage de sa récolte avant consommation !

Les plus faciles à reconnaître et les plus intéressantes nutritionnellement sont l’ortie, le pissenlit et le plantain lancéolé.

1/ La grande ortie (Urtica dioica)

L’ortie est une plante urticante (munissez-vous de gants pour la cueillette !), possédant des feuilles velues opposées et dentées. Les fleurs sont vertes et ne contiennent pas de pétales, contrairement au lamier (jaune, blanc et rose) avec qui la confusion est possible.

On la retrouve généralement au bas des haies, dans les fossés, les terrains vagues, les sous-bois et bois frais à sol riche. La floraison à lieu d’avril à octobre.

L’ortie est un excellent légume, très nutritif, commun, abondant et facile à reconnaître ! Sa saveur est douce et typée à la fois. Elle est consommée depuis la nuit des temps :

  • Feuilles : consommées crues (en jus de légumes, tapenade, pesto, gaspacho) ou cuites en légume, gratins, sauce, soupe, crêpes, biscuits, etc. Elles se consomment aussi séchées, en tisane ou intégrées dans un « gomasio » par exemple.
  • Graines : consommées crues, torréfiées ou encore germées.
  • Racines : elles possèdent une action spécifique sur l’hypertrophie bénigne de la prostate ou adénome prostatique, en limitant la prolifération des cellules.

Nutritionnellement, les feuilles sont très riches en protéines, fer, sels minéraux (calcium, potassium et silicates), vitamines (provitamine A, vitamine E, vitamine C). Elles contiennent également des antioxydants avec entre autres la béta-carotène et des flavonoïdes. L’indice ORAC (Oxygen Radical Absorbance Capacity ou Capacité d’absorption des radicaux libres) permet d’évaluer la capacité antioxydante d’un aliment. L’ortie possède un indice ORAC d’environ 543[1] ce qui la place juste devant le fenouil, le céleri, le concombre, le potiron et la tomate, et juste derrière le poivron jaune et rouge, et la carotte[2].

Grâce à tout cela, la feuille d’ortie est reminéralisante, antianémique, hémostatique, diurétique, elle favorise l’élimination de l’urée, des ions chlore et de l’acide urique. Grande plante antirhumatismale, elle est alcalinisant et prévient la dégradation des cartilages articulaires. Pour les personnes qui voudrait expérimenter les bienfaits de l’ortie urticante, frottez localement avec des orties les zones présentant des rhumatismes et de l’arthrite. Il semblerait que l’afflux de sang favorise la réparation tissulaire et diminue la douleur.

 

2/ Le pissenlit (Taraxacum spp.)

Le genre Taraxacum regroupe tous les pissenlits. Ils se déclinent en plus de 1000 espèces et sous-espèces. On identifie le pissenlit par chez nous grâce à sa célèbre fleurs jaune or, qui en la coupant présente au cœur de la tige ronde et creuse, une sorte de « lait blanc », appelé latex pouvant être utilisé sur les verrues et les cors. Les feuilles sont en rosette, ensemble de feuilles étalées en cercle à partir du collet de la plante et près du sol. On retrouve le pissenlit dans les près, sur le bord des chemins et dans les jardins. Avis aux jardiniers fan de gazon régulier, laissez les pissenlits envahir vos jardins et profitez de les consommer fraichement coupés pour profiter de leurs bienfaits nutritionnels.

Les jeunes feuilles vertes se récoltent au printemps et les plus âgées toute l’année. Les racines se récoltent en automne. Le pissenlit est consommé de la racine aux pétales :

  • Feuilles : elles sont consommées crues (pesto, jus, salade, tapenade, crackers, etc.) ou cuites. Elles sont plus ou moins amères selon leur stade de développement (privilégiez les plus jeunes pour plus de douceur).
  • Fleurs : au goût fleuri agréable, elles sont utilisées pour préparer sirops, gelées, vins et même potages ou en décoration pour colorer beurre et salades.
  • Racines : consommées (en rondelles) cuites ou frites.

Nutritionnellement, le pissenlit est très riche en pro-vitamine A ou bêta-carotène (pour la santé de la peau et des tissus et pour la vision nocturne) et en vitamine B9 (pour le renouvellement des cellules et pour la croissance durant la grossesse). C’est également une excellente source de vitamine C (plus que la framboise, la mûre noire, la mangue, l’ananas et plus de deux fois plus qu’une salade), de fer, de vitamine B1 et B6, de potassium et calcium.

Le pissenlit est la plante du drainage par excellente, il peut être choisi pour l’émonctoire foie ou rein, la feuille étant plus diurétique que la racine. Connu comme tonique amer, digestif, dépuratif, le pissenlit est cholérétique, cholagogue et prébiotique. Il a une action positive sur le système digestif et hépatobiliaire, la constipation chronique, la perte d’appétit, la congestion du foie et l’hypocholestérolémiant. Elle est utile dans les rhumatismes et la prévention des calculs rénaux en augmentant l’élimination de l’urine. Son action dépurative sur l’ensemble de l’organisme améliore le transit intestinal et la qualité de la peau.

3/ Le plantain lancéolé (Plantago lanceolata)

Le plantain lancéolé est également appelé « grand plantain », présentant de longues feuilles fines, contrairement au plantain aux oiseaux (Plantago major) aux feuilles courtes et larges. Aucun plantain ne serait toxique selon François Couplan, célèbre herboriste. Les nervures des feuilles de plantain lancéolé sont parallèles, et une fois coupée, l’odeur des feuilles peut faire penser à une odeur de champignon, d’herbe verte de sous-bois. Le plantain pousse souvent à côté des orties et pissenlit, et ses feuilles sont efficace contre les brulures d’ortie, les dermatoses et piqûres d’insectes. Pour cela, roulez les feuilles de plantain entre vos doigts pour faire sortir le suc, broyez-les ou mâchez-le, puis appliquez sur la partie piquée. On peut également appliquer des compresses d’infusion de plantain.

Le plantain se récolte toute l’année, la meilleure période étant le printemps ou l’automne lorsqu’il a bien plu et que le sol contient encore une bonne réserve d’eau. Les feuilles se récoltent jeunes si on veut les manger crues. Elles deviennent de plus en plus coriaces avec l’âge et se mangent alors cuites de préférence. On peut aussi les sécher pour les conserver et ainsi être ensuite utilisées en tisanes ou comme épice si moulinée après séchage.

Anti-inflammatoire, antiviral, anti bactériens, immunomodulants, les plantains sont à la fois astringents et adoucissants pour les muqueuses irritées, actifs sur la sphère digestive et intestinale, contre les diarrhées, les colites, les ulcères gastroduodénaux, et les gastrites. Sur la sphère respiratoire, ils sont antitussifs, mucolytiques et puissamment anti-allergéniques par effet anti-histaminique. Pour les personnes allergiques au pollen (rhume des fois, rhinite allergique), il est en effet recommandé de faire précéder l’arrivée du printemps par une cure de plantain et cassis sous forme d’extrait de plantes fraiches standardisée, et de poursuivre durant la saison critique. Le plantain est également un bon décongestionnant ophtalmique, pouvant être utilisé sous forme d’infusion dans les inflammations des paupières et des conjonctivites.

 

Sources :

https://cuisinesauvage.org/

Petit Larousse des plantes qui guérissent, Larousse, 2016.

Image : pexels

[1] « Oxygen radical absorbance capacity (ORAC) of bilberry (Vaccinium myrtillus) powder and nettle (Urtica dioica) seed ». Mari H. Jaakkola, Marianne Mäki, Vesa T. Virtanen University of Oulu. ICP 2012 – International Conference on Polyphenols Florence.

[2] USDA Database for the Oxygen Radical Absorbance Capacity (ORAC) of Selected Foods, Release 2 (May 2010)

 

 

 

 

 

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Sarah Juhasz

Ingénieur en génie biologique de formation, Sarah se passionne pour le sport avec notamment la course à pied. Suite à une blessure sportive, elle intègre la philosophie naturopathique, la méditation et le yoga dans son quotidien tout en transitionnant vers une alimentation végétale à forte tendance crue. Au fil des réflexions, des voyages, des rencontres, et de son cheminement intérieur, elle ne trouve plus de sens à son emploi pour une grande entreprise américaine. Elle se forme alors en cuisine végétale au sein d'une école américaine et entreprend des études de naturopathie au sein de l'Institut Supérieur de Naturopathie créé par Alain Rousseaux en étroite collaboration avec Pierre Valentin Marchesseau. Passionnée par l'humain, elle souhaite rendre la santé naturelle accessible à tous, éduquer et accompagner simplement et efficacement toute personne désireuse de retrouver son autonomie dans la gestion de sa santé. Elle est aujourd’hui auteure du livre « Ma bible de la naturopathie spéciale alimentation végétale crue » aux éditions Leducs, et sophrologue-relaxologue.

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1 réponse
  1. fandeconsoude
    fandeconsoude dit :

    Bonjour Sarah,
    Quand on écrit un article sur 3 plantes sauvages à connaitre, il est obligatoire de faire une sélection rigoureuse.
    Je crois que j’aurai présenté 4 plantes sauvages en rajoutant la consoude dont les vertus officinales sont bien connues depuis des milliers d’année. Elle peut s’utiliser pour les brulures, les fractures mais aussi contre les coups de soleil, pour les maladies de peau, etc…
    Un détail intéressant et/ou étonnant, en breton on utilise le même nom pour le plantain et la consoude : “Louzaouenn an troc’h” ce qui veut dire l’herbe aux coupures.
    Fandeconsoude

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