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Dominique Guyaux (photo Yann Deva)

Dominique Guyaux est l’auteur de L’éloge du cru, son dernier ouvrage. Son parcours avec la sclérose en plaques l’a amené à faire un tour du monde à la voile et, en chemin, à découvrir une autre manière de se nourrir…

 

Bonjour Dominique, peux-tu nous résumer le chemin qui t’a conduit à expérimenter l’aventure du cru ? Je crois que tu as été très malade ?

Oui, j’avais trente ans quand ça m’est tombé dessus. Après quelques années d’études, biologie puis océanographie, j’avais choisi de tout abandonner : passer ma vie dans un laboratoire ne me tentait décidément pas beaucoup. Et puis j’avais ce rêve de faire un tour du monde à la voile qui me taraudait. Issu d’une famille de marin, la mer avait une grande importance pour moi. J’ai donc décidé d’apprendre la voilerie et d’ouvrir un atelier de réparation de voiles. Mon objectif d’alors était d’acquérir un métier qui me permettrait de gagner ma vie tout en réalisant mon rêve. Ma voilerie marchait bien, j’embauchais et j’étais même sur le point de racheter une voilerie plus grande mais… 30 ans, sclérose en plaques, une crise tous les trois mois, une longue descente commençait. Je n’avais pas le choix, c’était maintenant ou jamais, bientôt j’allais être condamné à la chaise roulante. Quelques semaines, quelques mois, la médecine n’en savait rien et ne pouvait pas y faire grand chose. Alors, j’ai décidé d’acheter un petit catamaran et de tenter de vivre ce que je pouvais avant qu’il ne soit trop tard. J’ai donc largué les amarres en direction des caraïbes, avec une pharmacie conséquente, bien sûr. Courageux ? Non, c’est pour rester sur cette trajectoire qu’il m’en aurait fallu, pour baisser les bras, pour accepter mon sort, je n’ai pas eu le courage d’affronter ça. Partir dans cette aventure m’a redonné goût à la vie, j’avais besoin de ça pour ne pas sombrer.

 

Comment s’est déroulée pour toi cette approche de l’alimentation crue ? Quels enseignements en as-tu tiré ?

Par le plus grand des hasards…  Non, en fait par une somme de hasards et de conditions de vie très particulières : je naviguais depuis presque un an dans les caraïbes, déjà bien touché par plusieurs crises (équilibre, vision, fonction urinaire et maux de tête permanents). C’est dans les îles perdues des Roquès, au nord du Venezuela, alors que je cherchais une île déserte pour me recueillir avant de capituler que j’ai croisé la route d’un couple de navigateurs. Nous avons sympathisé et passé du temps ensemble, la fille était belle comme la lune, elle me fascinait, de façon totalement platonique (j’étais bien trop mal en point pour espérer quoi que ce soit). Et pourtant, c’est là que tout a basculé dans ma vie : grâce à eux je me suis retrouvé avec un livre qui parlait de manger tout cru, comme un sauvage d’avant le temps du feu et de la cuisson. J’étais en Amérique latine, avec une plage alimentaire fabuleuse, fruits tropicaux à foison, viande d’excellente qualité, produits de la mer, etc. Et surtout je vivais déjà comme un sauvage, hors des sentiers battus, comme en orbite du monde. Je n’avais donc aucune tentation culinaire, aucune obligation sociale (apéro, repas, etc.). Tout a été très vite à partir du moment où j’ai commencé le cru : en quelques jours à peine j’ai oublié mes antalgiques, commencé à y revoir et même à marcher sans mon bâton de pèlerin lorsque je descendais à terre. Une véritable révolution dans ma tête, alors que je venais de décider de jeter l’éponge. Savoir avec sa tête n’a rien à voir avec savoir avec son corps !

Longtemps, j’ai vécu de cueillettes et de collectes glanées au fil des îles et de mes escales. Je reviendrais de ce voyage avec une connaissance originale et approfondie d’un mode alimentaire peu commun : le crudivorisme sensoriel. Ce mode alimentaire consiste à se nourrir d’aliments crus et non transformés (tels qu’ils se trouvent dans la nature) ; et ce, en accord étroit avec les signaux sensoriels olfactifs et gustatifs que ces aliments déclenchent spontanément. On ne guérit pas d’une sclérose en plaques, on a parfois la chance d’une rémission mais la médecine en ignore totalement l’origine. En ce qui me concerne, lors de ce voyage, chaque fois que je suis passé du culinaire au crudivorisme sensoriel et vice et versa, cela s’est soldé par une rémission active ; c’est à dire par une rémission dont je peux dire que j’étais responsable par mes actes ou, a contrario, par le déclenchement d’une nouvelle crise dont, dès lors, il était aussi possible de dire que j’étais responsable.

Là, je savais avec mon corps que j’étais tombé sur quelque chose d’extraordinaire et, depuis, je n’ai eu de cesse de chercher à comprendre la puissance extraordinaire du manger cru sur la santé. Il m’aura quand même fallu des années avant de comprendre que j’avais  pratiqué le mode alimentaire le plus fondamental de l’homme. Bien plus tard, j’ai compris que j’avais découvert le comportement alimentaire du cueilleur originel qui a vécu en se fiant à ses capacités sensorielles pendant des millions d’années.

 

Peux-tu nous parler de tes ouvrages sur le sujet ? Tu as aussi soutenu une thèse là-dessus ?

Dans mon premier livre, Quand je serai seul avec la mer, j’ai raconté l’extraordinaire aventure que j’ai vécue durant les trois années de ce périple au fil de l’eau. Le deuxième, Le régime du plaisir, a été un guide théorique et pratique du comportement alimentaire du collecteur plus connu à l’époque sous le nom d’Instinctothérapie de Burger. Ce n’est que des années plus tard que j’ai compris que le collecteur était le descendant du cueilleur, et c’est pour ce dernier que je me suis retrouvé sur les bancs de la fac. Dans mon mémoire de fin d’étude j’ai fait une synthèse détaillée des comportements alimentaires successifs de notre lignée évolutive. Et dans mon dernier ouvrage, L’éloge du cru, j’ai rendu accessible la partie théorique de mon mémoire et j’en ai détaillé la pratique. C’est un ouvrage très dense et très complet, qui permet de mettre un peu d’ordre et de logique dans la profusion de « vérités » qui circulent aujourd’hui sur le « manger cru ».

Dom soutenance (photo Yann Deva)

Dominique, lors de sa soutenance de thèse.

Manger cru, est-ce écologique ? Est-ce viable si tout le monde s’y mettait ?

Cette question est trop vaste pour être traitée en quelques phrases. En résumé : par certains côtés, oui, évidemment : des cultures moins polluantes et, pour l’écologie intérieure (biotope intestinal), c’est un modèle. Par d’autres côtés, ça coince un peu, les fruits tropicaux avec lesquels nous avons coévolué pendant des millions d’années sont indispensables à notre équilibre, mais ils ont un coût carbone élevé si on veut en consommer en Europe par exemple. Ceci dit, est-on responsable de ne pas être né dans notre biotope naturel et devons-nous le payer au prix de notre santé? La question ne peut être tranchée à l’emporte pièce.

Pour que tout le monde s’y mette, il faudrait révolutionner des pans entiers de notre société, déboulonner le paradigme culinaire, révolutionner l’approche de la médecine préventive et curative, révolutionner l’agroalimentaire, enseigner l’alimentation sensorielle dès le plus jeune âge, etc., il faudrait aussi parvenir à réduire la démographie galopante de notre espèce et s’intéresser à la décroissance pour sauver notre belle planète de l’épuisement. Ceci étant, avant de se poser la question à très grande échelle, il ne faut pas oublier que le monde est fait d’individus susceptibles d’agir en élevant leur propre conscience alimentaire. Une longue histoire en perspective.

Le paradigme culinaire est d’une très grande puissance, mais tout le monde mange et tout le monde a le droit de savoir s’il y a quelque chose à savoir à ce sujet. Bloquer ce savoir ou sa diffusion n’est pas un acte anodin, c’est un acte fort, politiquement, économiquement et socialement engagé à l’échelle d’une espèce toute entière, à l’échelle de notre espèce.

Ce que je voudrais partager sur le sujet ? Tout. Tout ce que j’ai appris et compris, notamment l’initialisation sensorielle, et tout ce qu’il devient possible de faire dans une multitude de domaines pour faire avancer les choses dans le bon sens de la nature et de notre nature. Le chantier est immense, certes, mais il est ouvert et c’est une véritable révolution qui se profile à l’horizon de la vie.

Photos Yann Deva

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Carine Phung Van

Journaliste indépendante, Carine a découvert l’alimentation vivante il y a plusieurs années. Alors mère de son troisième enfant, elle expérimente une énergie qui la convainc d’adopter ce qui pour elle est devenu un art de vivre. Ses petits problèmes de santé s’envolent, puis finalement ses problèmes de thyroïde. Passionnée, Carine co-crée alors le magazine Le Chou Brave. Puis elle rejoint l’association La vie en Raw, pour aider à promouvoir l’alimentation vivante en région Rhône-Alpes. Elle réalise aussi des vidéos de recettes crues ou de témoignages à travers les chaînes YouTube La vie en Raw et Vital’Liens.

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